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Une si jolie petite plage - la critique du film et le test blu-ray

Sortie du combo DVD / Blu-ray. 4 décembre 2013

D’une noirceur absolue, ce beau film existentialiste nous revient dans une somptueuse édition DVD / Blu-ray qui lui rend un hommage bien mérité.

L’argument : Une plage de la Somme, dans le Nord de la France, sous une pluie froide et incessante. Pierre s’installe dans le seul hôtel ouvert de la petite ville. Les domestiques de l’hôtel sont, comme Pierre, des enfants de l’Assistance Publique. Lui aussi a travaillé il y a des années, comme domestique dans l’établissement.


Notre avis : Durant la Seconde Guerre mondiale, le comédien Gérard Philipe, alors inconnu, fait la connaissance du journaliste Jacques Sigurd avec qui il se lie d’amitié. Le premier encourage le second à transformer une de ses nouvelles en un scénario qui deviendra par la suite Une si jolie petite plage. Il faudra pourtant attendre leur rencontre avec Yves Allégret et le tournage de Dédée d’Anvers (1948), déjà sur un script de Sigurd, pour que le projet se concrétise. Il faut dire qu’il n’était pas évident d’imposer une telle histoire à des producteurs, tant celle-ci revêt de noirceur et de nihilisme. Largement inspiré par le film noir américain, ce long-métrage s’inscrit également dans la lignée des films réalistes des années 30 en y ajoutant une bonne dose de désenchantement lié au passage de la guerre. Point d’échappatoire donc pour des personnages qui peuvent légitimement être rapprochés de l’existentialisme sartrien. Ici, il est impossible d’échapper à sa condition sociale et encore moins à son destin.

Magnifié par les éclairages magnifiques d’Henri Alekan, Une si jolie petite plage n’est pas construit de manière traditionnelle car aucun flashback ne vient expliciter le passé du personnage principal. Les auteurs ont préféré mettre le spectateur sur la piste à travers des évocations – par la musique notamment – et des personnages-miroir (on pense notamment au jeune garçon issu de l’assistance publique, qui peut être vu comme la version jeune de Gérard Philipe). Au lieu de succomber aux travers d’une dramatisation à outrance, les auteurs optent pour une lente déambulation de protagonistes écrasés par le poids du destin. Ainsi, il ne se passe quasiment rien dans cette Si jolie petite plage si ce n’est l’inexorable cheminement du héros tragique vers sa mort programmée. Afin de signifier un peu plus ce désespoir, Yves Allégret plonge l’ensemble du métrage sous une pluie battante qui ne cessera jamais, de la première à la dernière minute.

Outre une critique sociale acerbe, le film ose quelques commentaires sur le monde de l’après-guerre, entièrement tourné vers un seul but. faire de l’argent. En cela, le personnage de la patronne de l’hôtel incarné avec bonhomie par Jane Marken est tout à fait représentatif d’une certaine mentalité populaire de l’époque (et d’aujourd’hui ?). Sorte de vox populi à elle toute seule, cette commerçante aimable camoufle des opinions bien réactionnaires sous un sourire de façade, tout en exploitant son prochain sans vergogne. Serait-ce un souvenir lié à la dernière guerre. Sans doute. D’autres protagonistes accentuent encore le malaise, tel l’imprésario joué par l’admirable Jean Servais. Drogué, corrupteur de la jeunesse, son personnage méphistophélique vient ajouter encore un peu plus de noirceur à un ensemble décidément bien plombant. Malgré des critiques mitigées à sa sortie, Une si jolie petite plage a révélé le talent incroyable d’un Gérard Philipe qui souffre en silence avec une force de conviction impressionnante. Un début de carrière placé déjà sous le signe de l’exigence.

Le test blu-ray :
Une très belle édition qui profite d’une restauration de grande qualité.

Les suppléments :

On débute ce tour des bonus par un documentaire rétrospectif de 19mn sur Gérard Philipe où de nombreux intervenants comme Francis Huster ou Olivier Barrot reviennent sur la naissance du film et le début de carrière prestigieux de l’enfant prodige du cinéma d’après-guerre. Les anecdotes fusent et sont passionnantes. On adore également le document d’archives de l’émission Au cinéma ce soir datant de 1973 qui nous permet de suivre de longs entretiens (26mn au total) avec Yves Allégret, Jacques Sigurd et Jean Servais. On apprend absolument tout à propos du long-métrage. Indispensable.
On remercie aussi l’éditeur d’avoir fourni une scène inédite (2mn) qui nous montre l’hésitation des auteurs quant au destin du personnage principal. On préfère la version retenue pour le film que cette scène inédite peu crédible. Enfin, on termine ce petit tour par un document sur les enfants de l’assistance publique (1mn), inutile, une galerie photo limitée à quelques clichés et le film-annonce d’époque.

L’image :

Pathé a effectué une très belle restauration en 2K, même si quelques plans révèlent encore des rayures sur les bords (notamment vers la fin du film). Le blu-ray fait honneur au noir et blanc d’Alekan, tandis que les paysages littoraux profitent d’une belle profondeur de champ. Assurément du très beau travail.

Le son :

Le mono d’origine a été conservé, mais avec une certification DTS HD Master Audio qui lui permet de se déployer dans votre salon de manière plus ample. Les dialogues se détachent assez clairement et le souffle a été réduit à son maximum. Là encore, le résultat est convaincant. A noter la possibilité de voir le film en Audiovision et d’actionner des sous-titres anglais ou pour malentendants.